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Le Sommet Emerging Valley : de la résilience à la question de la souveraineté numérique en Afrique

Le Sommet Emerging Valley : de la résilience à la question de la souveraineté numérique en Afrique

Pour sa 4e édition, le Sommet Emerging Valley place la question de l’innovation sous le signe de la résilience. Pendant deux jours, start-up, incubateurs, acteurs publics et privés méditerranéens et africains ont échangé autour de ces questions afin d’accompagner le développement des start-up ou encore préparer et organiser des missions de soft landing entre incubateurs et des partenariats concrets.

Fort d’une population africaine jeune qui voit dans le numérique l’espoir d’un monde ouvert, solidaire et développé, le numérique apparaît sur le continent africain comme une source d’innovation et surtout d’opportunités. Pour autant, dans un continent où 97% des connexions se réalisent avec le téléphone portable, le défi de la protection des données et de la souveraineté numérique reste central.

La question du développement et de la digitalisation accrue poussent à considérer les données personnelles des populations africaines avec les mêmes considérations qu’en Europe et pose clairement la souveraineté numérique comme le défi à venir. Encore ne faudrait-il pas aller trop vite et se brûler les ailes, car le développement de l’Afrique suscite de nombreuses convoitises.

Des acteurs conscients

Linda Nanan Vallée, qui intervenait au sein de tables rondes pour le Sommet Emerging Valley, est directrice exécutive de la Fondation Jeunesse Numérique. À notre question sur la souveraineté numérique, elle affirme « qu’au niveau de la Fondation Jeunesse Numérique, oui nous sensibilisons les start-up accompagnées sur la thématique de la protection des données personnelles. Le régulateur des TIC/Télécommunications en Côte d’Ivoire, l’ARTCI, est d’ailleurs membre fondateur de notre association ».

C’est ce que nous confirme Serigne Fall, Head of Digital Growth chez Looka : « Nous avons la chance de travailler avec la CDP (Commission de protection des Données Personnelles), qui est la représentation légale de la protection des données au Sénégal. Pour la grande majorité de nos études, nous ne collectons uniquement des données anonymes donc il nous est impossible de remonter chaque interview à la source. Pour quelques études en particulier, nous collectons des données personnelles qui sont cryptées et conservées pendant 2 ans avant d’être supprimées ».

Sensibiliser et investir

En ce sens, il semblerait que la protection de la vie privée des Africains repose sur trois étapes : la sensibilisation à la question de la protection des données au sein de l’écosystème privé comme public, l’investissement dans des infrastructures adéquates et une volonté politique forte et affirmée.

Certains pays se sont déjà dotés d’une législation en la matière comme nous l’explique Serigne Fall. « D’un point de vue plus global, certains pays comme le Sénégal et l’Afrique du Sud disposent d’une législation complète en matière de protection des données personnelles ainsi que de structures pour assurer le respect de ces législations. Ce n’est cependant pas le cas pour tous les pays du continent : la présence de législations ou de structures est très variable entre les pays. Il y a surtout un besoin d’adapter les programmes de conformité des données personnelles pour qu’ils soient en accord avec des législations et des réglementations internationales ».

Un enjeu au coeur du développement de l’entrepreneuriat

Les entrepreneurs et acteurs présents au Sommet Emerging Valley que nous avons rencontrés sont conscients à l’instar d’Eva Sow Ebion, co-fondatrice de The Innovation for Policy Foundation et Directrice de I4policy organisme à but non lucratif basé au Sénégal et au Rwanda qui soutient la co-création de politiques publiques. Elle nous confie considérer la question de la souveraineté numérique comme un véritable enjeu au coeur du développement de tous les projets entrepreneuriaux :

« La souveraineté des données est un sujet très important et relève aujourd’hui d’enjeux stratégiques, notamment pour la dynamique du contenu local , avec la promotion de services et produits et le renforcement économique local et national ; des enjeux économiques liés clairement à l’utilisation commerciale de ces données, et enfin des enjeux politiques, la souveraineté numérique étant un moyen pour l’administration et les institutions de redonner confiance aux citoyens, et de participer à leur protection ainsi qu’à celle de leur vie privée et de leurs données personnelles. Cela commence avant tout par la gouvernance des données en s’assurant que les données collectées sont de qualité et cohérentes afin qu’elles puissent être utilisées et être créatrices de valeurs pour nos entreprises, et nos sociétés. Les personnes sont au cœur de tout processus. En matière de gestion des données, il faut donc une approche multi-acteurs et inclusive, qui impliquerait ceux qui collectent les données et les traitent, ceux qui doivent être consultés et les communautés qui doivent être informées ».

L’entrepreneuse est intervenue au sein du Digital Dialogue lors du Sommet d’Emmerging Valley où étaient également présents les représentants de Microsoft, de Huawey et de la Commission Européenne ainsi que la fintech africaine InTouch.

Une réponse panafricaine pour faire de l’Afrique la puissance mondiale du futur

L’écosystème de notre territoire joue le jeu, eu égard aux partenariats noués entre les acteurs en direct et ceux annoncés. Les transferts de technologies gagneront très certainement à s’appuyer sur l’échange de bonnes pratiques pour concilier opportunités économiques et souveraineté numérique. Rappelons que l’Union Européenne s’est dotée du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) pour renforcer et unifier la protection des données au sein de l’Union Européenne.

Pour l’Afrique, la bonne nouvelle est que les acteurs privés comme publics sont pleinement conscients. La prochaine étape tendrait-elle à mettre en place une politique de protection collective et uniforme ?

Serigne Fall abonde en ce sens : « Les lois africaines sur la protection des données personnelles (dans les pays africains où elles existent) imposent des restrictions au transfert de données personnelles à des tiers situés en dehors des frontières du pays d’origine. Cela pourrait potentiellement entraîner la perte d’opportunités économiques des start-up tech, au niveau international, qui créent des produits basés sur le cloud qui rend leurs données (y compris les données à caractère personnel) instantanément disponibles dans le monde entier. L’idéal serait d’avoir un équivalent du GDPR pour les 54 pays du continent, mais il s’agit clairement d’un objectif à long terme pour le moment. Cependant, une solution à court-terme serait peut-être de créer des régulations communes entre les différents petits groupes économiques tels que la SADC (Southern African Development Community), la CEDEAO, l’EAC (East African Community). Mais bien sûr, cela fait partie d’une conversation plus large impliquant toutes les parties prenantes ».

L’Afrique, puissance mondiale du futur ?

Face au défi économique et aux opportunités que représente l’Afrique, la réponse ne peut qu’être collective à l’instar des initiatives portées par l’Union Africaine en réaction à la crise sanitaire comme #InForAfrica et des projets développés qui ambitionnent de transformer l’Afrique en la puissance mondiale du futur en matière de développement inclusif et durable avec l’Agenda 2063.

À ce propos, à Samir Abdelkrim, l’organisateur du Sommet, de conclure : « La force du sommet méditerranéen Emerging Valley est de poser ces questions sur la table, de créer des connections d’opportunités entre les territoires et de dialogues ente les acteurs pour débattre ensemble du futur du digital en Afrique ».

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