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Bernard Kleynhoff : « Le développement économique est notre compétence majeure »

Bernard Kleynhoff est un Président opérationnel. Des projets de réindustrialisation à l’attractivité de notre territoire, pour Provence Business, il évoque le développement économique régional et les défis qui attendent notre territoire après la sortie de crise. Entretien.

Provence Business : Bonjour, pouvez-vous présenter ? Quel est votre parcours ? 

Bernard Kleynhoff : Je suis ingénieur de formation et j’ai créé plusieurs entreprises. J’ai donné la direction de la dernière à mon fils, je me suis toujours investi dans le socioprofessionnel. J’ai participé à la création ASCA association de partenaires industriels en Méditerranée, j’ai été chargé de mission auprès de Christian Estrosi lorsqu’il était ministre de l’industrie et j’ai donc participé à conduire et piloter la rédaction du livre blanc sur l’industrie pour les Alpes-Maritimes.

En 2011 je suis devenu Président de la CCI de Nice jusqu’en 2016. Je suis toujours conseiller régional, je préside la commission, je préside Rising Sud, Région Sud Investissement, je suis également administrateur de l’AREA et je préside le conseil de surveillance des présidents des aéroports. L’industrie c’est mon ADN, ma spécialité c’est la low tech, j’ai toujours créé et dirigé des entreprises dans la low tech, celles qui font du bruit, des étincelles et qui sont salissantes, dont on a besoin même s’il est plus pompeux aujourd’hui de les appeler industrie ou manufacture

Aujourd’hui, vous présidez Rising Sud, pouvez-vous nous préciser les contours et les missions de votre institution ?

Je suis un président opérationnel. L’activité de Rising Sud est double, elle est notre agence de développement économique régional et notre agence d’attractivité. Bien entendu pas toute seule, on le fait avec l’ensemble des acteurs du territoire : les chambres consulaires, les services de l’État, la BPI, les syndicats… La nécessité pour la région d’écrire et de voter le schéma régional de développement économique, d’innovation et d’intervention. Avant, c’était l’ARII. Rising Sud travaille avec les acteurs locaux et les autres agences du territoire sur les grands sujets d’orientation. Pour la région nous avons fait le choix de développer notre économie au travers de nos opérations d’intérêt régional basées sur nos filières d’excellence et d’accompagner les entreprises de notre territoire.

C’est la partie de développement économique. La seconde partie, c’est l’attractivité : faire venir des entreprises endogènes sur notre territoire et des talents autour desquels va se développer l’écosystème. Ils trouveront en région Provence-Alpes-Côte d’Azur tous les éléments nécessaires à leur développement, du foncier et de l’écosystème de partenaires et sous-traitants et des sociétés de service, de la formation et des personnels. Rising Sud a d’abord créé un accélérateur qui a servi de modèle à celui de BPI France. On sélectionne des projets d’intérêt régional qui ne sont pas des projets d’entreprises portés par un consortium d’entreprises, on les accélère et on les présente au comité des financeurs que l’on réunit deux fois l’an, ce qui contribue au développement.

Nos engagements étaient de générer 1 milliard d’euros d’investissement sur le territoire, de préserver ou créer 50 000 emplois et d’attirer 500 entreprises nouvelles.

Sur les investissements on est à 1,3 milliards dont 70% de privés, sur les emplois on dit créer ou préserver 35 000 emplois et l’attractivité du nombre d’entreprises, on est autour de 345. Tout ça fait l’ADN de Rising Sud qui aujourd’hui permet de synthétiser le plan de relance auquel s’ajoute notre plan de reconquête. De la team France de l’export, on est en cours de création de la team France de l’invest car quand on parle d’attractivité on parle aussi d’investissements pour les entreprises qui viennent s’implanter chez nous.

La relance se prépare dès maintenant et les acteurs publics jouent le jeu. Qu’en est-il des investisseurs privés, sont-ils encore trop frileux ?

Région Sud Investissement est notre outil d’investisseurs qui est toujours co-investisseur avec des fonds, des banques, on a fait une meilleure performance en 2020 qu’en 2019. L’économie ne s’est pas arrêtée. Il y a des domaines qui ont particulièrement impacté, traumatisé, mais en termes d’attractivité, de projets d’implantation sur notre territoire ou d’accompagnement d’investissement, j’y rajoute même les levées de fonds de nos start-ups ne se sont pas mal passés. L’investissement est en route.

On a bien compris que c’était maintenant, les acteurs publics et privés ont bien compris que notre économie après crise sera différente après la crise, c’est certain, mais si on joue réellement le jeu, on sera différent mais on sera certainement plus fort. Les investisseurs publics et privés jouent le jeu dans ce sens-là. Les projets que nous choisissons sont les bons, on le voit dans les chiffres avec les investissements réalisés. En région Sud, on a réussi à faire de la compétence du développement économique notre compétence majeure puisqu’elle nous permet de faire tout le reste.

La question de la réindustrialisation de la France est au cœur du projet de relance économique mais sera également centrale dans les élections futures. Quelle sera la place de notre territoire ?

La réindustrialisation est l’un des cinq chantiers de notre plan de reconquête, c’est un sujet extrêmement important. On sait que ça sera un sujet long mais on est en route. Je travaille sur 3 projets de réindustrialisation en Vaucluse sur de l’agroalimentaire, des implantations nouvelles et la multiplication par 2 d’une implantation existante.

Pour attirer la nouvelle école internationale, le second critère de choix d’implantation pour des entreprises internationales est la formation des enfants de leurs cadres. Le premier est le business et le second la qualité de vie de leurs cadres. Sur le reste, on a des implantations qui commencent à revenir, Sanofi dans le 04. Aujourd’hui on a besoin de travailler sur la souveraineté. La filière santé est très active sur la région métropolitaine de Marseille, ces projets autour de la santé vont nous permettre de transférer les éléments de la recherche vers des éléments de production : on parle de thérapies innovantes, des médicaments, des outils des nouvelles techniques qu’utilise la médecine pour visiter l’intérieur de notre corps.

La région accompagne ces entreprises. Avec notre fonds d’investissement on apporte des réponses de 1 000 euros à 2, 5 millions d’euros : de la garantie, de la prise de participation. On a mis en oeuvre des outils qui nous permettent de répondre à toutes les entreprises sur tous les types de projets, quelle que soit l’étape.

Où en est l’investissement dans l’économie verte et les perspectives ?

On a le plan climat. Quelle que soit la structure que l’on accompagne financièrement, il faut que dans son projet il y ait la réponse à certaines de nos 100 actions pour le plan climat. On est des gardiens d’un territoire d’exception et le territoire fait partie de notre fonds de commerce et il nous appartient d’être encore plus vigilant que d’autres. On prépare pour le mois d’avril le plan climat 2.

L’Europe et la France, s’inquiètent des ambitions de la Chine. Le projet France Relance est-il adossé à une stratégie de protectionnisme économique ? Ne pourrait-il pas bénéficier à la CNIM à La Seyne-sur-Mer ?

Nous avons noué des liens importants auprès des financeurs pour justement, avec leur appui, de faire en sorte de ce qui est développé en France, en restant français. Notre rôle est de les accompagner sur ce sujet Pithéas à La Ciotat, Carthesia à Toulon, le soutien leur a permis de décliner des offres étrangères, pas forcément amicales. L’idée est d’accompagner les entreprises pour que ça ne se réalise pas plutôt que d’interdire et que d’autres pays nous rétorquent la même chose.

Soyons proactifs, ce qui nous permet de ne pas avoir de retour de bâton. L’exemple de la CNIM est pertinent. Le Président Muselier est intervenu au niveau national sur le devenir de la CNIM dans son ensemble. De mon côté, j’ai rencontré des représentants du personnel. Aujourd’hui, les dernières nouvelles sont plutôt bonnes. Il y a deux entités, un morceau nucléaire militaire et le second est un sujet environnemental : c’est sur ce sujet que les Chinois ont montré un peu les dents.

Aujourd’hui, il semblerait qu’il y ait négociation exclusive avec Paprec qui est franco-français. L’inquiétude est qu’un investisseur étranger vole leur savoir-faire. Tout le monde semble soulagé même si l’on regrettera la division des activités.

Avec Provence Promotion, Rising Sud et les agences de promotion des départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur ont annoncé un projet de coopération afin de renforcer l’attraction d’entreprises autour du projet Iter, et plus largement des territoires d’industrie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Quand l’ARII a été créée, c’était 5 partenaires. Depuis on a travaillé, on a ouvert la gouvernance avec 60 partenaires. La crise, la prise de conscience fait que tout le monde travaille ensemble, tout le monde joue collectif. Iter c’est le plus grand projet d’investissement du monde, on a une activité collective et un projet qui est piloté business welcome around Iter, des entreprises étrangères qui viennent travailler sur Iter, il faut que l’on soit capable de les accueillir et les mettre en relation avec nos entreprises locales.

Cette conduite est : comment faire pour que l’accueil de ces entreprises étrangères les conduisent à s’implanter durablement ? D’autre part, c’est faire le relationnel avec nos entreprises, faire en sorte que nos entreprises locales répondent aux appels d’offres sur lesquels on n’est pas forcément dynamique et l’on voit d’autres entreprises des autres territoires venir y répondre et remporter des marchés. On a besoin d’aider les TPE et PME à répondre aux appels d’offre.

Rising Sud se concentre sur l’innovation technologique et l’internationalisation des entreprises régionales, mais quel est votre point de vue sur la question des low tech ?

Rising Sud a vocation à travailler sur des entreprises à haut potentiel, au début l’agence se concentrait sur l’attractivité. Aujourd’hui, c’est bien plus. Quand Rising Sud accompagne et accélère des projets d’implantation d’unités de productions de confitures dans le Vaucluse, on est dans la low tech. Il est difficile, de mettre en avant le terme de low tech mais on travaille sur pleins de sujets même en dehors de Rising Sud.

On est en train de financer un projet avec un Institut de soudure. Il est difficile de la mettre en avant surtout dans la mesure où l’on veut attirer des jeunes, il faut qu’on les fasse rêver. Il y a 1 an et demi à Marseille a eu lieu l’Usine Extraordinaire, c’est fait pour présenter et attirer des jeunes. Vous les faites rêver avec un hélicoptère et des lunettes 3D, moins avec des unités de productions manufacturières dont on a besoin, mais qui seront aussi leurs débouchés naturels. C’est ce qui nous permet d’ailleurs de leur montrer des formations dans l’industrie. L’industrie a bien évolué on a de belles réussites comme Thalès à Cannes, Airbus Hélicoptères, ST micro qui une salle blanche 10 000 fois plus stérile qu’un bloc opératoire.

Nos lecteurs sont des entrepreneurs et des investisseurs, quels conseils leur donneriez-vous ?

D’avoir confiance et qu’en jouant collectif on va y arriver. Notre économie, même si elle est différente après la crise, sera certainement plus forte.


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