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Christophe Baralotto : « J’aimerais que l’on trouve une nouvelle philosophie d’investissement »

Co-fonfateur de MailInBlack, entreprise qui développe des solutions de sécurité informatique, puis de Provepharm dans l’industrie pharmaceutique, Christophe Baralotto est un challengeur qui a un véritable goût prononcé pour l’entrepreunariat. Depuis 2018, il est associé de Jump Venture, un fonds d’investissement dédié aux start-ups innovantes sur notre territoire. Entretien.

Provence Business : Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Christophe Baralotto : J’ai 52 ans, je suis né à Marseille. J’ai fait tout mon cursus scolaire et universitaire à Marseille. En 1983, j’ai rencontré Michel Féraud sur les bancs du lycée. Nous avons ensuite suivi des parcours parallèles, voire même confondus, jusqu’à l’obtention d’un doctorat de chimie à la fin des années 1990. Et on a créé tout de suite après Provence Technologies, qui est devenue Provepharm par la suite.

Nous avons créé cette société avec l’envie à la fois de travailler ensemble et de le faire depuis Marseille parce que nous avions envie de rester attachés à nos racines et à notre territoire, et la conviction qu’on pouvait faire quelque chose ici.

On est parti de pas grand chose ! On est pas issu de familles d’entrepreneurs, de familles de gens connus. On avait réussi pendant nos études à se tisser un petit réseau académique, et on s’est dit que c’était peut-être une opportunité de valoriser ce réseau auprès d’entreprises privées. C’est ce qu’on a commencé à faire il y a un peu plus de 20 ans maintenant.

Les années 2000 ont représenté un véritable tournant pour votre carrière et vos attentes, n’est-ce pas ?

Parallèlement à ça, au début des années 2000, on a créé Mailinblack pour plein de raisons. Le marché de la chimie et de la R&D externalisée connaissait quelques soubresauts, on a saisi l’occasion de la création d’une autre entreprise dans un domaine complètement différent qu’est celui de l’informatique.

On les a développées pendant quelques années avec Michel, lui s’occupant plutôt de Provepharm et moi de Mailinblack jusqu’au début des années 2010, date à laquelle on a considéré que le développement du secteur santé devenait prépondérant et qu’il fallait que l’on recentre nos énergies. Donc on a cédé Mailinblack en 2013, et définitivement en 2016.

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On s’est recentré sur la pharma et, en 2018, on a eu l’opportunité de faire rentrer des fonds d’investissement d’envergure nationale et internationale. J’ai profité de ce moment pour quitter mes fonctions opérationnelles chez Provepharm, pour voguer vers d’autres secteurs d’activité.

Je reste un actionnaire et un administrateur engagé, vigilant et attentif au développement de Provepharm. On garde avec Michel un pôle majoritaire à travers une holding qu’on détient tous les deux, ce qui nous permet d’avoir la latitude et le luxe dans un secteur qu’est la santé, très consommateur de capitaux, de rester aux manettes et de détenir le contrôle de cette entreprise. Même si nos ambitions personnelles sont un peu différentes, pour le groupe, on a une ambition commune : en faire un champion international. Et on considère qu’en garder le contrôle est une des clés du succès.

Parlez-nous de Jump Venture.

Quand j’ai décidé de sortir des opérations, on a décidé avec Michel Féraud de renvoyer dans l’économie réelle l’ascenseur qu’on nous avait gentiment prêté pendant ces 20 années, que ce soit de l’ensemble des pouvoirs publics (BPI, ministère de la Recherche). On s’est dit que c’était le moment de renvoyer la balle.

On a lancé Jump Venture au moment de la vente de Mailinblack en se disant : on se concentre sur la santé, mais cet argent on en a pas besoin pour développer Provepharm alors on va le réinjecter dans le système pour créer un petit fonds d’investissement et à notre tour accompagner un certain nombre de start ups régionales comme on a été nous-mêmes accompagnés. Jump Venture repose sur nos fonds propres : c’est Michel Féraud et moi-même qui finançons cette société.

Et donc ça fait trois ans que je m’occupe d’investir les fonds de Jump Venture dans les start ups, principalement régionales, mais aussi au niveau national. Nous n’investissons pas dans un secteur de prédilection, mais nous avons juste exclu les biotechs et la santé parce qu’on considère que ce sont des sujets qui ne concernent que Provepharm. Et on ne voit pas comment on pourrait mener une activité d’investisseur dans une entreprise qui ne soit pas liée à Provepharm, sans conflit d’intérêt.

Pouvez-vous nous donner un ordre d’idées des tickets où vous investissez ?

Aujourd’hui, chez Jump, nous avons 8 participations et le ticket moyen c’est 100 000 euros. Pour aller au bout de cette réflexion-là, je me suis rapproché du réseau Provence Business Angels au moment où je démarrais cette activité. Car ce n’est pas mon métier initial. Avec Michel, nous pouvons apporter une valeur ajoutée en investissant de l’argent et en apportant des conseils, mais je me suis rapproché de ce réseau dont je suis devenu administrateur depuis. Notamment au niveau de l’instruction des dossiers, c’est important d’avoir des regards croisés.

Mis à part Jump Venture, j’ai des participations dans une dizaine d’entreprises dans lesquelles j’ai investi à titre personnel. On est dans une période extrêmement compliquée pour les start-ups. C’est une des raisons qui fait que l’on est plutôt dans une phase d’attentisme. On attend de voir un petit peu comment se comporte le portefeuille, et on garde nos ressources pour venir en aide aux entreprises qui en auraient besoin.

Pour la deuxième fois, en 2020, on a fait un second tour sur une entreprise de notre portefeuille. On devient, par ailleurs, hyper sélectif sur les nouvelles opérations. On en a pas fait en 2020, ça ne veut pas dire qu’on en fera plus mais on est hyper sélectif mais on garde nos ressources pour les entreprises qui sont déjà dans notre portefeuille.

Quel regard portez-vous sur l’investissement sur notre territoire ?

Notre territoire a beaucoup évolué, il reste perfectible. Il y a pas mal d’entrepreneurs à succès, soit à titre individuel, soit regroupés, qui me permettent de porter un regard positif. J’en veux pour preuve le succès de Provence Business Angels sur l’année 2019. Il y a une centaine de membres et ils ont investi sur l’année un total de 3 millions d’euros. Ça commence à être significatif.

Nous avons la chance d’avoir un outil incroyable, Région Sud Investissement, qui fonctionne extrêmement bien. Nous pouvons encore améliorer le système, il y a encore des phases de développement où on en manque un peu d’acteurs. Mais il faut bien avouer que l’amorçage est un secteur extrêmement risqué. ça ne peut pas être une activité extrêmement lucrative, ça ne marche pas. J’aimerais bien d’ailleurs démarrer une réflexion sur : comment pérenniser cette activité (au-delà de cette pandémie). Si on veut que ça dure dans le temps, il faut qu’une mécanique saine et vertueuse se mette en route, et qu’un certain nombre de dossiers sortent pour éponger les pertes liées à d’autres dossiers. Je ne vous cache pas qu’aujourd’hui, j’ai un petit doute. J’aimerais bien qu’on trouve une nouvelle philosophie d’investissement.

Aujourd’hui, les fonds ont mal de faire du cash-out, on préfère faire du cash-in. Néanmoins, je pense que dans une logique de long terme, il serait bien que les actionnaires d’amorçage puissent sortir de façon à ce qu’ils puissent continuer leur activité, faire émerger de nouveaux projets, que les fonds pourront prendre en relais en série A ou ultérieurement. Car en tant que business angel, il y a un moment où on ne peut plus suivre.

Vous dites que votre premier critère pour investir, c’est le dirigeant. Pouvez-vous nous expliquer ?

C’est une façon caricaturale de présenter les choses, mais oui, il vaut mieux investir dans un bon porteur de projet avec un mauvais produit car il pourra en faire quelque chose. Plutôt qu’un produit qui ne donnera absolument rien s’il n’est pas porté par quelqu’un qui a une vision, une énergie, une capacité d’adaptation.

Une des bonnes façons de sélectionner, ce sont les gens qui arrivent à pivoter, ou qui ont déjà pivoté. Ils ont lancé leur projet avec une idée, ça n’a pas marché. Ils ne se sont pas démontés : soit ils ont abandonné ce projet et ils en ont monté un autre. Soit ils ont fait pivoter leur projet en adaptant leur produit, en changeant de territoire, en passant du BtoC au BtoB, ça a été le cas de Mailinblack. On a commencé pendant les deux premières années en BtoC, et après deux ans on est passé en BtoB. Donc ça, c’est un critère essentiel. On vit dans une époque qui va extrêmement vite et c’est la capacité des gens à s’adapter, à gérer ces changements très rapides qui est la clé de leur succès. C’est le point essentiel.

Après, on rêve tous d’avoir le bon porteur, le bon produit, le marché en développement, le modèle économique résilient, par abonnement. On le voit, dans les phases que l’on traverse, les entreprises qui ont un modèle économique basé sur l’abonnement, sont celles qui souffrent le moins.

Est-ce que vous pouvez nous parler des entreprises où Jump Venture a investi ?

Il y en a deux qui sont à Nice : une qui s’appelle Whoog, qui vient de fusionner avec un acteur parisien. C’est une plateforme de mise à disposition de personnel dans le secteur hospitalier. C’est une belle entreprise qui a un beau développement qui a réussi à fusionner avec un concurrent pour former un acteur plus fort, ce qui n’est jamais vraiment évident. C’est une belle pépite, j’espère qu’on sera récompensé du risque pris initialement dans cette entreprise. 

Il y en a une autre qui s’appelle Navily qui est aussi à Nice et qui est le Booking des ports de plaisance. C’est une application qui permet de réserver des places de port quand on est plaisancier. C’est une petite entreprise qui marche bien. Nous suivons ces deux entreprises avec Business Angels. 

À Marseille, nous avons Pytheas technology, une entreprise hyper technologique, sur un secteur hyper pointu. Ils ont pour ambition de générer de l’électricité à travers des mouvements. La dernière que j’ai noté s’appelle Cowash, c’est une plateforme parisienne pour les particuliers qui recherchent des prestations de repassage. 

Nos lecteurs sont des entrepreneurs et des investisseurs. Quel conseil pouvez-vous leur donner ? 

On vit dans un pays où les entrepreneurs ont du mal à ouvrir leur capital, je pense que c’est une erreur. On le voit en particulier dans cette période de crise. Les entreprises qui ont la chance d’avoir ouvert leur capital devraient mieux s’en sortir car elles ont appris à se structurer avec des partenaires financiers, elles ont appris à gérer les difficultés, à s’adapter à travers le regard de ces gens qui ont déjà un portefeuille d’entreprises et qui peuvent apporter un éclairage un peu différent sur un marché, un modèle de management, sur d’autres points. Ça permet de s’ouvrir, d’échanger, d’avoir un sparring partner pour échanger sur des sujets de développement de l’entreprise. Je pense que c’est une super opportunité d’accueillir des actionnaires non opérationnels.

Si vous arrivez à garder le contrôle de votre entreprise, il n’y a aucune difficulté à accueillir des fonds d’investissement pour assurer le développement de l’entreprise

Le capital investissement, acteur de croissance en Région Sud

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