Loading Posts...

Julie Davico-Pahin : « Les femmes doivent investir le monde de la finance »

Julie Davico-Pahin est co-fondatrice et DG d’Ombrea. Depuis la création de la start-up en 2016, elle a levé 4 millions d’euros et ne cesse de grandir. Présidente déléguée de la French Tech Aix-Marseille (AMFT), elle évoque dans nos colonnes son parcours, ses ambitions et son regard sur l’économie de demain.

Provence Business : Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Je suis la co-fondatrice et DG d’Ombrea, une start-up de l’agritech qui développe des solutions de protection des cultures face aux aléas climatiques. J’ai grandi à la campagne, dans une famille d’agriculteurs : mes parents, grands-parents, ma soeur le sont d’ailleurs encore aujourd’hui.

En 2016, Christian Davico, mon père, a perdu un quart de sa production horticole suite à un épisode de sécheresse sans précédent. Face à ce constat, nous avons donc saisi l’urgence d’agir pour développer des outils permettant aux agriculteurs de s’adapter au changement climatique.

J’ai un parcours atypique dans le monde entrepreneurial, j’ai fait des études littéraires et juridiques, et j’ai commencé ma carrière en tant que journaliste dans des rédactions parisiennes. Mes forces sont la connaissance du marché et la débrouillardise acquise dans ma précédente vie. En entreprenant à 24 ans, il en fallait.

 

Quelle est votre activité ?

Ombrea développe un système d’ombrières destinées aux cultures de plein champ. Installé au-dessus des champs, l’outil s’ouvre et se referme pour moduler l’ombrage sur les plantes. L’objectif : ajuster la température, l’humidité, la lumière pour apporter aux végétaux le microclimat adapté à leur besoin, ce que le climat ne permet plus vraiment aujourd’hui.

Grâce à un pool de capteurs et des modèles pré-établis par nos équipes, nous sommes en mesure d’anticiper les besoins climatiques des espèces sur lesquelles nous travaillons.

Quelles sont les perspectives de développement d’Ombrea ?

Nous avons connu une année marathon ! De moins de 10 salariés, nous avons atteint 30 personnes en quelques mois seulement, trois ans après notre création. Nous avons lancé la commercialisation de l’outil et rencontrons un franc succès.

Ces prochains mois vont être clé, surtout dans une période de relance verte post-COVID. Il convient de pousser les activités en faveur de l’environnement. Nous multiplions les partenariats avec les Grands Comptes du monde de l’énergie pour mutualiser les compétences.

Avez-vous des besoins en recrutement ?

En permanence, oui ! Recruter est une réelle difficulté pour les entreprises tech innovantes. Le marché de l’emploi est particulièrement tendu dans la région du côté des développeurs, notamment.

Les VCs (Capital Risque) commencent-ils à combattre leur propre biais concernant la parité ?

On observe une réelle évolution des mentalités ces dernières années. Nous sommes face à un tournant majeur : le défi économique à relever est immense, puisqu’atteindre la parité générerait plus de 2 000 milliards d’euros de PIB supplémentaire en Europe d’ici à 2025.

C’est également un enjeu sociétal majeur : les entreprises de la tech façonnent l’économie du monde de demain. Comment ne pas intégrer les femmes dans la construction des usages du futur ? Nous ne pouvons pas rater cette opportunité. Les projets portés par des femmes doivent avoir les mêmes chances de réussite que ceux portés par des hommes.

Dans le capital investissement, les femmes arrivent-elles à percer le plafond de verre ?

Bien sûr, heureusement d’ailleurs ! Mais nous devons aller plus loin. Le collectif SISTA a mis en évidence quelques chiffres éclairants : en moyenne, les projets portés par des femmes reçoivent 2,5 fois moins de fonds que les start-ups fondées par des hommes.

Ces difficultés se révèlent dans l’ensemble des tours de financement. Les inégalités émergent dès l’accès au financement puisque les start-ups féminines françaises ont 30 % moins de chance d’être financées par les principaux investisseurs.

Vous êtes présidente déléguée d’Aix-Marseille French Tech, quelles sont vos missions ?

Aux côtés du board, j’ai pour mission de faire le lien entre les membres de l’écosystème : start-ups, financeurs, partenaires. Nous avons une feuille de route hyper ambitieuse, pour valoriser le territoire et faire en sorte de dynamiser la tech dans la région.

Nous y avons notamment intégré un objectif d’inclusion, notre secteur a encore de gros efforts à réaliser en faveur de la parité (moins de 10% des start-ups sont dirigées par des femmes) et nous voulons sensibiliser sur le sujet pour « ouvrir » la tech au grand public, afin de susciter des vocations. La parité passe aussi par l’éducation des jeunes : nous avons une génération de femmes ambitieuses et créatives, je suis très optimiste pour l’avenir.

Nos lecteurs sont des investisseurs, quels conseils leur donneriez-vous ?

Le principal problème est culturel : il faut que nous ayons une réflexion collective autour de nos actions et biais. Nous en avons tous et toutes. Les investisseurs doivent pouvoir aborder un projet entrepreneurial féminin sans a priori, avec la même lecture que pour un projet masculin. Cela passe la formation, la sensibilisation.

Le fait même de se poser la question, c’est une avancée majeure ! Il est important aussi que davantage de femmes investissent le monde de la finance, afin de féminiser les analyses de dossiers. Et bien sûr, il est indispensable d’ouvrir les réseaux !

Loading Posts...