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Laurent Weil : « Ici, il y a une importance bien plus forte qu’ailleurs de la relation »

Laurent Weil décortique la valeur de l’information comme les acteurs et les cibles. C’est le monde de l’influence au sens noble du terme. Il place les relations humaines au centre de tous business intelligents et partage avec nous la complexité d’un monde où tout fait sens.

Provence Business : Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Laurent Weil : J’ai 54 ans, cela fait 20 ans que j’accompagne intimement des dirigeants d’entreprises sous 3 angles. J’ai d’abord été journaliste spécialisé sur des sujets éco et sociaux, j’ai fait le constat qu’ils étaient seuls pour prendre des décisions importantes. Cela m’a donné envie de passer à la deuxième étape : rejoindre un grand groupe de conseils sur la mise en œuvre des changements d’humains, les réorganisations… comment on communique aux différentes personnes concernées par un projet pour faciliter son acceptation.

Quelle que soit la nature du projet, s’il est incompris, il est refusé. C’est différent de s’il est compris et qu’on ne le partage pas. J’ai travaillé pour des grands groupes et j’ai fait ça au Maroc dans un gros cabinet, en Algérie, Tunisie et en Afrique Subsaharienne. Je me suis rendu compte que l’on était dans des développements rapides d’activités liés aux pays émergeants. J’ai travaillé pour l’implantation d’usines Renault à Tanger alors qu’il y avait peu de culture industrielle.

On a créé des usines en partant de zéro avec les problématiques de recrutement que cela implique pour le dirigeant : faire bouger 50 personnes est aussi difficile que de les recruter. Puis, je suis revenu à Marseille et j’ai fondé Bleu Dixit.

Parlez-nous de Bleu Dixit et du Hub Africa Europe ?

J’accompagne les dirigeants, les réseaux, les entrepreneurs à utiliser ces leviers là, ceux des grandes entreprises. Comment on adapte des méthodes comme la visibilité, l’influence et la presse pour en faire un levier d’atteinte de sa cible économique ou business.

J’ai créé mon agence il y a 5 ans. Je rentre dans la famille de la communication mais je m’intéresse aux actions de visibilité et aux actions d’influence : quelles actions je vais créer en visibilité, en prise de parole, par rapport à mes enjeux.

Le but n’est pas d’avoir pleins d’articles, mais qu’ils provoquent quelque chose qui les rapproche de la cible. Il faut réaliser en permanence une analyse d’acteurs.

Quel regard portez-vous sur le monde de l’influence sur notre territoire ?

Marseille est profondément méditerranéenne. Ici, il y a une importance bien plus forte qu’ailleurs de la relation. On peut avoir accès aux gens beaucoup plus rapidement par le réseau, l’audace. Si tu entretiens ces relations c’est un accélérateur, si tu ne sais pas t’en servir c’est un frein. La relation c’est à qui je dois parler pour faire avancer mes sujets, si je vais chercher ces relations au moment où j’en ai besoin ça ne marche pas ou ça coute très cher.

Si on est proactif au quotidien ça prend tout son sens car chez nous on aime faire ça et c’est stimulant. Il y a une fidélisation de la relation qui est déterminante.

Comment cela évolue-t-il ?

Cette tendance de fonds reste mais je vois deux évolutions. On s’est mis à faire des projets beaucoup plus grands sur le territoire, on travaille en collectif et en réseaux. On a réussi grâce à la Métropole et dans les grands projets à travailler ensemble.

Par contre, si l’on n’est pas dans les grands projets, on perd en capacité d’accélération. Pour être dans ces projets, il faut investir du temps, il faut connaître les autres acteurs. La deuxième est nette, ces relations, si tu ne les avais pas avant, c’est encore plus pernicieux. Si tu as développé une communauté relationnelle, que tu as pris le temps de la connaître et de l’entretenir, elle fonctionne.

Qu’observez-vous en termes de pratiques sur les supports de communication et d’influence ?

Pour moi, il n’y a pas vraiment de différence entre la prise de parole physique et digitale. Il y a deux mots : opinion et relation.
L’Opinion : qu’est-ce que je veux dire et provoquer, et la Relation : à qui je m’adresse ?

Que j’intervienne dans un événement ou dans le digital, seule la forme change. Si on ne sait pas pourquoi on prend la parole, ça n’a aucun intérêt. Aujourd’hui, il y a un rejet de la communication, la valeur centrale reste l’information. On rejette l’emballage, encore plus sur les réseaux sociaux si on n’apprend rien par l’écrit ou l’oral. C’est la fin des certitudes et des vendeurs de solutions toutes faites.

Finalement, si je dis quelques mots clés à ma communauté, elle me reconnaît, parce que dans la prise de parole, je dis quelque chose qui parle à cette communauté. Sur le territoire surtout, on est dans le temps des “faiseurs”, des organisateurs d’initiatives et des entrepreneurs. On peut agir par l’influence, mais il faut avoir quelque chose à dire.

Quels sont les nouveaux codes à adopter ?

Aujourd’hui, on cherche à adapter nos outils, mais il faut aller plus loin, on doit aussi en inventer d’autres. Plus que jamais on a besoin d’informations et je crois en l’intelligence. L’Intelligence Artificielle et la gestion des datas sont importantes pour faire du business intelligent, mais rien ne remplace la connaissance profonde de l’environnement. Il ne faut pas chercher à convaincre, mais se demander ce que l’on veut que la cible retienne.

Nos lecteurs sont des investisseurs, quels conseils leur donneriez-vous ?

Ce qui intéresse les journalistes, c’est la valeur de l’information. Les données ne sont qu’une partie de l’information, il faut provoquer la rencontre et inventer des outils de relation.

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