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Nicolas Fortuit : « L’action de la SEMAG va devenir la base de tous projets d’aménagement »

Nicolas Fortuit est directeur de la Société d’Economie Mixte d’Aménagement de Gardanne et sa région et du pôle Yvon Morandat. Il évoque avec nous l’actualité des projets et leur accélération qui dessineront le territoire de demain autour de l’innovation sociale et technologique. Entretien

Provence Business : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Nicolas Fortuit : J’ai 40 ans je suis depuis 3 ans directeur de la SEMAG et PDG d’Energie Solidaire, filiale de la SEMAG détenue à hauteur de 76% et 24% par Dalkia, filiale accompagnatrice dans les projets énergétiques, en particulier on est opérateur d’un gros projet de réseaux d’énergie sur Gardanne sur le pôle Yvon Morandat. C’est un projet unique en France, voire en Europe sur l’eau de mines de charbon couplée à des énergies renouvelables électriques de type photovoltaïque principalement.

Qu’est ce que la SEMAG ? Pouvez-vous détailler ses activités ?

C’est une société d’économie mixte d’aménagement de Gardanne qui dit son nom, c’est une société anonyme dont les actionnaires sont majoritairement publics. La Ville de Gardanne est ultra-majoritaire et présidente de la SEMAG. Le président est donc monsieur Hervé Granier, le maire de Gardanne.

Dans son programme, il souhaitait déjà mobiliser la SEMAG sur des actions que nous avions également anticipé comme le plan Vélo. Il y a une vraie volonté de pousser les actions et l’on est dans une phase d’accélération souhaitée par le nouveau PDG de la SEMAG.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre secteur d’activité ?

Je suis arrivé il y a 5 ans à la SEMAG. L’aménagement du territoire c’est tout ce qui touche au développement de la ville,  et ça fait partie de notre objet social par nature. On a d’abord très rapidement oeuvré dans les sujets de la mobilité, de la rénovation du bâti ancien dans le centre-ville, sur le développement économique.

La SEMAG peut vraiment toucher à toutes les natures d’activité que l’on peut résumer autour de l’aménagement du territoire, ça peut être des projets de nature énergétique. Nous avons été l’un des premiers sites à valoriser le biogaz généré par la fermentation des déchets organiques sur la décharge d’ordures ménagères. Demain, on est en train de préparer l’une des premières stations hydrogènes grand public sur Gardanne et sur la Métropole.

Notre regard est différent car notre spectre est plus large que les autres sociétés d’économie mixte. On travaille sur le plan énergie de la ville de Gardanne. Pour le compte de la ville, on a fait une feuille de route qu’on a mise au point avec l’ensemble des parties prenantes : on pilote le plan Vélo  de la Ville de Gardanne. La ville va rentrer dans le label européen Cit’ergie qui est le label des territoires à énergie positive qui est un label européen. La SEMAG accompagne la ville sur ce canevas.

Je pense que nous avions un temps d’avance et finalement ce que fait la SEMAG va devenir la base de tous les projets d’aménagement, de construction et de développement d’une ville.

Vous souhaitez exporter votre savoir -faire ?

La mise en valeur, oui, on est en train de revoir nos outils de communication. On le fait par différents réseaux dans lesquels on peut être adhérent ou acteur avec la CCI, l’UPE13 et d’autres partenaires pour  faire connaître notre savoir-faire. Notre objet social nous permet d’intervenir sur tous les territoires sans difficulté mais dans les faits, on est un acteur lié au territoire et aux actionnaires majoritaires qui sont propriétaires de la SEMAG. C’est possible sur l’échelle de la Métropole mais cela reste des arbitrages politiques.

Notre regard est différent car notre spectre est plus large que les autres sociétés d’économie mixte

Le capital de la SEMAG est composé d’actionnaires publics et privés. Quel est le poids de chacun en % du capital ?

Le public est majoritaire à hauteur de 70% et la Ville de Gardanne a la majorité absolue. Historiquement, on travaille autour du bassin minier de Provence, nous avons donc dans nos actionnaires Fuveau et le SIBAM présidé par monsieur Perrotino. Dans les actionnaires privés, on a un certains nombres d’acteurs du territoire de la métropole.

La SEMAG est née en 1986, son activité première a été de gérer un centre d’enfouissement des ordures ménagères. Vous avez un acteur spécialisé dans les carrières, DURANCE GRANULATS, un partenaire spécialisé dans les travaux publics, c’est l’entreprise MALET, puis VEOLIA, et le Crédit Mutuel pour financer. Il y a d’autres acteurs familiaux plus locaux.

Y-a-t-il eu de nouveaux entrants sur les deux dernières années et y aura-t-il de nouveaux entrants sur les deux prochaines années à venir ?

La SEMAG est relativement stable. Les adaptations sont liées à des petits actionnaires dont les entreprises ont disparu, et leurs actions ont été réparties entre les grands actionnaires. Il pourrait y en avoir au niveau des collectivités, mais c’est un débat politique entre les différentes strates de notre maillage territorial pour savoir si la Métropole rentrera de manière un peu plus officielle dans notre capital.

L’un de vos projets phares est la transformation du pôle Yvon Morandat. En quoi consiste le projet ?

La revitalisation du pôle Morandat est un enjeu stratégique pour la ville de Gardanne mais il l’est aussi au niveau métropolitain, régional et national. Le projet est né en 2003, fermeture annoncée par l’Etat des mines de charbon en France, qui n’est pas forcément très connu même des provençaux. On produisait du charbon dans notre département !

Le coeur de la production était bien Gardanne. Le puits Morandat a été le dernier carreau minier entré en service en 1986 pour l’activité charbonnière. On était sur des outils super modernes et on dispose sur le site de très grands bâtiments bien conçus en très bon état et d’un chevalement qui permettait de descendre à la mine. Cette tour fait 200 m2 de surface et descend à 1 109 mètres de profondeur, c’est le plus grand puits minier d’Europe. Il est là et encore en état.

Il y a un vrai potentiel hydraulique puisque l’eau est rentrée dans toutes les galeries minières et on a sous nos pieds à Gardanne près 35 millions de m3 d’eau, c’est autant que derrière le barrage de Bimont. On a la capacité d’avoir à termes de l’eau potable puisque c’est de l’eau qui transite par les nappes. C’est le projet que l’on développe sur le pôle également autour de la géothermie.

Le pôle Morandat est un projet de revitalisation de friches minières avec 3 dimensions. La première est économique, puisque l’on va créer au moins 1 000 emplois à l’échéance de 2023 2024, autant que le nombre de mineurs qui travaillaient jusqu’en 2003 sur le site. Il y a aussi une dimension énergétique, le développement du premier projet de géothermie sur eaux de mines de charbon en Europe et qui est à 86% basée sur des ENR, énergies renouvelables locales, produites sur le puits Morandat proprement dit.

Le pôle Morandat sera un quartier à énergie positive où l’on impose en tant qu’aménageur du site la mise en place de panneaux photovoltaïques sur l’ensemble des toits des bâtiments, soit pour les besoins des réseaux d’énergie, soit pour les besoins propres de ceux qui vont s’installer pour créer de l’emploi.

Avoir un tel taux d’auto-production, c’est juste énorme, ça n’existe nulle part ailleurs. Le troisième volet est culturel, avec le développement du puits de sciences, la Cité des sciences de la Métropole, de la Région Sud Provence Alpes-Côtes d’Azur. C’est l’équivalent du parc de La Villette avec 4 000 m2 de surface de plancher, c’est 3 hectares extérieurs, un outil extraordinaire pour le grand public, le jeune public, les scolaires, les plus anciens pour pouvoir développer leur esprit critique, apprendre et mieux comprendre la science, mieux expérimenter les choses. C’est à la fois ludique et pratique, c’est un outil unique qui manquait à notre territoire et que l’on est en train de déployer. Les études ont démarré, nous sommes dans la phase de diagnostics.

Le message pour nos jeunes est que l’industrie a de beaux jours devant elle. Elle amène à de l’emploi stable, pérenne et de qualité et bien payé quand on arrive à avoir un bagage.

Où en est-on dans sa commercialisation ?

J’ai mentionné la création de 1 000 emplois dans l’innovation sociale et technologique. On a préféré se centrer sur des valeurs à partager. Nous sommes ouverts à toutes les formes d’activité tant que l’on se retrouve sur ces valeurs d’innovation sociale et technique. Gardanne est au coeur de la métropole, et l’on a l’un des meilleurs fonciers des Bouches-du-Rhône.

On a une position qui fait que l’on est attractif et qui permet de monter en gamme. Le foncier n’est pas très cher environ 100 euros le m2. On travaille sur le qualitatif, le nombre d’emplois créés, le projet, l’ambition des acteurs en termes de développement durable. On est le premier parc d’activités industrielles labellisé éco-quartier de France, on a aussi été labellisé quartier méditerranéen.

Ce que l’on fait, on accompagne au mieux les ambitions de nos partenaires pour que leurs patrimoines conservent leur valeur par la suite. Ce n’est pas neutre mais il faut arriver à le faire. Aujourd’hui on est autour de 90% de compromis réparties entre 1/3 d’activités industrielles, 1/3 traditionnelles et 1/3 de tertiaire.

Les surfaces sont proposées dès à présent à la vente et à la location pour ceux qui voudraient acheter en VEFA pour louer dans des bâtiments neufs, les premières livraisons pour ce type de produit seront disponibles mi-2022 !

Où en est le projet de création d’un centre de valorisation des déchets et d’une ressourcerie en lien avec l’ISDND ?

C’est la partie stockage de déchets non dangereux, c’est notre activité historique depuis 1986. La SEMAG a toujours essayée d’être en avance de bien comprendre les règlementations et de voir comment elles allaient évoluer. Aujourd’hui on accueille 53 000 tonnes de déchets non dangereux, on est le plus petit centre de stockage des Bouches-du-Rhône mais on prend plus que les déchets de Gardanne puisque l’on récupère une partie des déchets d’Aix-en-Provence, de Saint-Maximim, et des déchets privés non dangereux comme pour les centres commerciaux ou des déchets utiles de centre de tris.

On est attentifs à la qualité du tri, c’est également des contraintes que l’on donne à nos clients. Pour y arriver on a associé à la décharge une déchetterie qui compte 100 000 visiteurs par an, et l’on s’astreint à ce qu’il y ait un tri le plus complet des encombrants. La ressourcerie de Gardanne est portée par La Varappe, un groupe de l’Economie Sociale et Solidaire. Le but est de donner une deuxième vie aux choses en conservant le produit qui n’est plus utilisable, de voir si l’on ne peut pas lui donner une deuxième vie. C’est le plus efficace, ça donne de l’emploi.

Notre dynamique est de limiter au maximum la quantité de déchets amenée à l’incinérateur, c’est un travail au quotidien de communication auprès des particuliers et des partenaires privés.

Nos lecteurs sont des entrepreneurs et des investisseurs, quels conseils leur donneriez-vous ?

D’investir à Gardanne ! Ce que l’on arrive à faire sur le pôle Morandat est rendu possible par le foncier qui est faible, le positionnement géographique est juste incroyable. Je l’ai remarqué dans la commercialisation que j’ai à faire de mes 10 hectares, je n’ai aucune difficulté à trouver du monde, je filtre par rapport à la qualité des projets que l’on veut voir se développer pour l’intérêt de notre territoire.

Mais on est sur un foncier très qualitatif et très recherché par les chefs d’entreprises et les salariés. Avant il n’y avait qu’un critère c’était le prix, aujourd’hui, il y en a deux, c’est le prix et la proximité par rapport au lieu d’habitation. Et après vous avez l’aspect développement durable qui est certes plus compliqué. Gardanne est le lieu où investir, regardez Gardanne, c’est au coeur de la Métropole, c’est un lieu unique, c’est encore un centre-ville à taille humaine avec son marché provençal. Il y a un réel potentiel avec un foncier qui reste encore abordable.

S’il y a de beaux projets, vous pouvez également co-investir avec la SEMAG. Nous avons quelques capacités d’investissement pour des projets qui auraient une valeur importante pour notre territoire.


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