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Richard Curnier : « C’est aujourd’hui qu’il faut investir pour préparer demain »

La Caisse Des Dépôts est le bras armé de l’État pour soutenir les investissements dans les projets de développement des territoires. Richard Curnier, directeur régional pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, évoque avec nous le plan de relance, les nouveaux projets et les liens intergénérationnels qu’il souhaite dynamiser. Entretien.

Provence Business : Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Richard Curnier : J’ai travaillé pour le groupe de la Banque Populaire pendant quelques années et j’ai intégré la Caisse des Dépôts en 1999. La Banque des Territoires, c’est une marque, c’est la Caisse des Dépôts, on a fusionné les quelques grandes directions de la Caisse des Dépôts : la direction du prêt, de l’investissement.

Je suis là depuis 2016 après avoir occupé des postes dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, la région PACA puisque j’ai travaillé à Nice, puis en Corse, puis Antilles-Guyanne. Je suis Varois, donc originaire de ce territoire.  C’est plus agréable de travailler dans sa région, on se sent encore plus concerné. On connaît déjà les enjeux du territoire et les freins.

Quelle fonction occupez-vous à la Banque des territoires ?

Notre rôle est d’accompagner les acteurs économiques. On a une cousine qui est la BPI dont on a 50% du capital. Le directeur général de la Caisse des Dépôts est le président de la BPI. On s’est réparti les rôles. La BPI s’occupe du financement de l’exploitation des entreprises, le découvert, les prêts d’achat de matériel, les prêts de fonds de commerce, la garantie. Elle peut prendre des prises de participation dans les sociétés d’exploitation.

Nous, on prête aux collectivités locales, aux organismes HLM, on prend des participations également mais dans l’infrastructure et dans l’immobilier. On est présent à Orange Vélodrome, la Tour La Marseillaise au capital, dans The Camp, dans l’immobilier. Il y a quelques jours se sont tenues les assises régionales des stations des Alpes du Sud, on est beaucoup dans des sociétés d’économie mixte de remontées mécaniques. On est dans les ports, les ports de plaisance… Sur tous les sujets liés au développement économique des territoires, on est présent.

On prête aux collectivités locales à très long-terme pour des durées de 80 ans. On est aussi investisseurs dans des sociétés : notamment dans Orange Vélodrome avec la société Arema.

Que se passe-t-il si la vente d’Orange Vélodrome se concrétise ?

C’est un contrat de partenariat public-privé avec un appel d’offre à une société à laquelle la collectivité verse un loyer. Il peut se résilier. Tout dépend de la volonté du maire, mais nous, nous sommes actionnaires minoritaires.

Et pour The Camp est-ce la même chose ?

Non c’est différent. The Camp est un porteur de projet privé, on a créé une société immobilière qui a construit un projet, nous y avons 1/3 du capital. Elle loue à une société d’exploitation. Nous sommes présents dans la société immobilière seulement, pas dans la société d’exploitation. C’est cette dernière qui ne va pas très bien depuis le malheureux décès du dirigeant et puis la période du COVID.

La pandémie laisse craindre un grand nombre de faillites d’entreprises, comment les prévenez-vous ?

Il y a le temps de l’urgence, mais ça s’était l’année dernière. Avec la Région, nous avions créé un fonds COVID de soutien aux entreprises. Aujourd’hui, on est toujours dans l’urgence avec les aides nécessaires, mais nous avons  également déjà basculé dans la relance. Donc on investit aux côtés d’autres acteurs. Pour Risoul, on investit dans une grosse opération de résidences de tourisme avec un acteur qui est MMV et qui va l’exploiter. Il se passe des choses, tout n’est pas à l’arrêt, les acteurs continuent à investir, et heureusement d’ailleurs !

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La Banque des Territoires investit-elle dans l’immobilier dans les Bouches-du-Rhône ?

Oui. Nous avons recapitalisé la CDC Habitat que pour qu’elle achète 40 000 logements auprès des promoteurs au niveau national en VEFA (vente en état futur d’achèvement, du logement neuf acheté sur plan NDLR). Pour la Région, cela représente 7 500 logements. On avait peur de se retrouver comme en 2008, nous avons donc décidé d’intervenir dès l’année dernière et l’enveloppe est bouclée.

Quel rôle jouez-vous dans le plan de relance ? Travaillez-vous avec le sous-préfet à la relance ?

Nous travaillons avec tous les préfets à la relance. On a 26 milliards à dépenser au niveau national. On intervient. Ce que l’on voulait faire en 5 ans, on voudrait le faire en 2 ans. Il faut vraiment que l’on puisse les engager sur les territoires en l’espace de 18 à 24 mois. Mais, encore une fois, ce n’est pas de la subvention.

L’ingénierie de projet, on met de l’argent pour payer les études, pour permettre au maire que son projet puisse prendre forme. Ensuite, on peut lui prêter de l’argent. Pour les travaux, soit le maire passe par ses services, soit il passe par un appel à projet, soit on prête à la collectivité locale. Si elle préfère faire une délégation de service public, on s’associe à des partenaires privés pour répondre à la consultation.

Quels projets retiennent votre attention en ce moment ?

On regarde actuellement tout ce qui est circuits-courts, l’agriculture urbaine. On veut voir comment on peut contribuer à l’émergence de ces sujets. Comment on peut travailler différemment. Tous les sujets du dernier kilomètre. Ces sujets nous intéressent et on veut accompagner les acteurs et porteurs de projets.

La CDC dispose d’un lab’, quels sont ses fonctions et projets ?

Comme toutes les sociétés, on a un lab’. La CDC fait des projets, on propose des projets et ils sont incubés dans le lab’. C’est une société en interne dédiée à l’innovation pour nos collaborateurs qui ont aussi des projets.

En cette fin d’année, la Banque des territoires a créé le dispositif « Viagévie » : le viager social et intergénérationnel dans le centre-ville de Marseille. En quoi consiste-t-il ?

Un dispositif de viager classique. On voulait développer la maison de retraite à domicile. Aujourd’hui les personnes âgées veulent rester chez elles le plus longtemps possible. L’EHPAD coûte cher, les collectivités locales ne sont plus en mesure d’en développer. Nous on a voulu créer un dispositif où l’on rachète le logement de la personne âgée, on lui verse un bouquet qui va lui permettre de faire les travaux nécessaires dans son logement pour qu’elle y reste le plus longtemps possible. Par exemple, une baignoire adaptée. Puis, on va lui verser une rente tous les mois pour qu’elle puisse se solvabiliser, mais aussi de  payer un bouquet de services.

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On essaie de travailler à titre expérimental avec La Poste pour voir comment on peut travailler sur ces sujets. J’appelle ça le viager intergénérationnel car ça va au-delà. Aujourd’hui, une fois que la personne disparaît, l’enjeu est de mettre le logement au profit des jeunes. Certains font le choix de travailler en freelance, ou qui enchaînent les CDD ou de l’interim. Ils sont solvables, ils ont de l’argent mais pas finançables.

L’enjeu aussi, c’est une première phase pour permettre à des personnes de rester le plus longtemps possible dans leurs logements avec des services, et ensuite dans une deuxième phase, ce logement remis et vendu, et j’aimerais plutôt le vendre à des jeunes actifs solvables mais finançables pour leur permettre d’accéder à la propriété et pour permettre de redynamiser les centres-villes.

C’est expérimenté à Marseille, car nous voulons mettre en place une plateforme de services. La mise en place d’un bouquet de services afin d’assurer le mieux-vieillir et l’intergénérationnel.

Nos lecteurs sont des entrepreneurs et investisseurs, quels conseils leur donneriez-vous ?

C’est vrai qu’il y a une crise et que c’est difficile de parler d’investissements. Mais c’est aujourd’hui qu’il faut investir pour préparer demain. Investir pour le rebond, il y a de l’argent, il y a un plan de relance. Nous avons aussi un plan de relance, nous sommes des investisseurs de long-terme et il y a notre cousine, la BPI. On est tous en marche pour le plan de relance. Qu’ils viennent nous voir car nous sommes des acteurs contracycliques dont nous tirons toute notre légitimité et notre force.

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