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Sandra Chalinet : « C’est le bon moment pour investir à Marseille, dans 15 ans ce sera trop tard ! »

Marseillaise de coeur, Sandra Chalinet est une femme de terrain et de réseaux. Elle partage dans Provence Business son analyse et regard sur notre territoire et aborde les opportunités pour la Métropole de demain. Entretien.

Provence Business : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Sandra Chalinet : Je suis une Marseillaise de 53 ans, une femme passionnée que son mari a toujours accompagnée et soutenue et la maman de 2 grands brillants et superbes enfants. J’ai œuvré plus de 25 ans dans les centres commerciaux dont 10 ans chez Unibail à la direction de Nicetoile et de Bonneveine puis 8 ans chez Hammerson afin d’accompagner, ouvrir et gérer Les Terrasses du Port.

Depuis 3 ans chez Constructa Asset Management, j’ai travaillé avec de grands investisseurs Amundi Immobilier et Primonial Reim au repositionnement et à la redynamisation des Docks Village et de la rue de la République mais également à la gestion des Voûtes de la Major. J’ai aussi eu la chance d’accompagner les propriétaires du Marché aux Puces afin de repositionner ce lieu dans le cadre de sa rénovation et de l’évolution programmée de son environnement au cœur des Fabriques.

Depuis 20 ans, je suis également très impliquée dans le développement et l’attractivité de notre territoire en tant qu’élue CCIAMP, présidente de la Cité des Entrepreneurs d’Euroméditerranée, présidente du MJ1, présidente d’Objectif Métropole, vice-présidente du Conseil de Développement de la Métropole Aix-Marseille-Provence, administratrice d’Émergence(s), de Fraeme, et de Cap au Nord entre autres missions passionnantes mais toujours bénévoles.

Vous vous lancez dans une activité de lobbying territorial, pourquoi ?

Au-delà d’une simple activité de lobbying territorial, j’ai fait le choix de créer Sandra Chalinet Conseil et de mettre mon expertise, mes compétences et ma connaissance du territoire et de son écosystème au service d’entreprises qui ont besoin d’être accompagnées pour comprendre notre territoire, ses atouts et ses opportunités afin de mieux s’y développer et s’y ancrer dans la durée.

J’ai envie de travailler avec des entreprises qui ont besoin de compétences confirmées et reconnues pour les accompagner sur des projets structurants pour le territoire dans les secteurs retail bien sûr mais également tertiaires, ludiques, résidentiels, culturels et sociaux. Je suis persuadée que, pour réussir, ces projets doivent être construits et développés dans le respect d’un ancrage territorial tout en portant de réelles ambitions, tant sur le plan économique que sur les plans social et environnemental, en s’inspirant d’autres visions et expériences réussies au-delà de notre territoire et même de nos frontières.

J’ai envie de participer à la construction de solutions de développement économique, d’innovation et d’attractivité avec mes clients et ainsi les aider à créer de la valeur pour leurs entreprises mais également pour notre territoire.

Avez-vous déjà des clients ? Continuez-vous à œuvrer pour la rue de la République ?

J’ai le plaisir et la chance d’avoir pour 1er client le Groupe Pernod Ricard France. Depuis le 16 mars, j’accompagne Marjorie Gautier Deblaise, Directrice de projets Transformation et Stratégie pour l’ouverture et le lancement du Mx dont elle est est présidente. Ce tiers-lieu unique, à la fois expérientiel, apprenant, shopping et festif, ouvrira très bientôt sur plus de 1 000 m2 au rez-de-chaussée des Docks Village, entre la place des Palmiers et la cour Paul Ricard. Je suis persuadée que le réenchantement des lieux publics et l’expérience utilisateur sont de véritables leviers d’attractivité. Le Mx est un lieu expérientiel et enchanteur qui va très vite devenir incontournable dans Les Docks, à Marseille et en Provence, un lieu innovant conçu pour les Marseillais, les actifs et les touristes, à découvrir et à partager entre amis ou en famille.

Je vais également poursuivre mon travail d’accompagnement sur le repositionnement du Marché aux Puces et sur la recommercialisation de certains locaux vacants afin que ce lieu si vivant et si utile conserve son esprit et soit la place du Village des Fabriques en prenant en compte les besoins de ses clients actuels mais également ceux des nouveaux actifs et habitants qui investiront progressivement cette partie de Marseille.

Mon intérêt pour la rue de la République est toujours intact et je suis très fière du travail accompli depuis 2018 avec Primonial Reim et Constructa Asset Management, en parfaite cohérence avec Atemi pour la redynamiser.

« La République est en marche », disait Marc Pietri, et il avait raison. Je pense que notre stratégie commune visant à ne pas considérer la rue de la République comme une rue mass market de plus mais comme le cœur de 3 des plus anciens quartiers de Marseille (les Grands Carmes, La Joliette, Le Vieux Port), est une stratégie qui porte désormais ses fruits et dont les résultats sont un peu plus visibles chaque jour. Elle s’attache à prendre en considération les besoins des habitants, des actifs et des étudiants qui vivent ce quartier au quotidien pour mettre en valeur son âme et ses atouts pour le rendre dans un premier temps hospitalier puis ensuite attractif pour les Marseillais d’autres quartiers, les nouveaux arrivants et les touristes.

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Parlez-nous de la requalification de l’hyper-centre de Marseille et de l’image de la ville.

Marseille est une ville rebelle et désordonnée, voire même désorganisée, mais c’est une ville qui touche au cœur. Je ne suis pas de ceux qui veulent à tout prix la lisser, l’harmoniser et la faire rentrer dans le rang. Je pense que les aspérités de Marseille, plutôt que d’être gommées, doivent être considérées comme de véritables atouts. Malgré, ou grâce à ses 2 600 ans, Marseille est jeune, créative, lumineuse et fougueuse.

Autour de son port, son centre-ville historique a connu des hauts et des bas, et je dirais qu’actuellement il est à mi-chemin. De nombreuses façades ont été ravalées, le Vieux Port a été rénové, la piétonisation avance et le parcours piéton commence à s’apaiser. Il reste bien sûr encore de nombreux progrès à faire pour rendre notre centre-ville agréable et attractif : plus d’aménités, plus de propreté, plus de piétonisation, plus de sécurité, plus de terrasses et plus de végétalisation aussi, mais surtout un positionnement plus lisible.

Que veut-on faire de ce centre-ville ? À qui le destine-t-on ? Qui y vit ? Qui y travaille ? Qui le fréquente ? Qui l’aime ? Qui le fuit ? Ce sont ces questions que nous nous sommes posées en 2018 pour la rue de la République car il est souvent très facile de critiquer les boutiques vides et le manque d’attractivité du centre-ville mais lève-t-on suffisamment les yeux pour essayer de comprendre qui habite au-dessus de ces commerces vides, qui travaille dans ce centre-ville ?

Notre vision est trop souvent horizontale alors qu’elle devrait être verticale. La configuration des immeubles de notre centre-ville, la taille de ses bureaux, sa desserte en transports en commun, la difficulté d’y stationner, l’absence de jardin pour les enfants… constituent un cadre de vie beaucoup plus adapté aux séniors, aux jeunes actifs, aux étudiants, aux jeunes couples qu’aux familles et un cadre de travail beaucoup plus propice aux start-ups, aux TPE, aux professions libérales et médicales qu’aux grandes entreprises.

Capitalisons sur cette population et répondons à ses besoins. Un centre-ville qui vit, qui est habité et réinvesti, dans lequel il fait bon vivre et travailler donne envie et renforce son attractivité vis-à-vis de l’extérieur.

Babel, inventeur du coliving à Marseille, a bien compris l’intérêt de cette verticalité et de l’écosystème ainsi recréé. Babel a été un précurseur de la redynamisation de la rue de la République en travaillant la verticalité, via le coliving et le coworking, avec une véritable ouverture sur l’extérieur via la brasserie au service des babéliens, des voisins mais aussi de tous ceux venus d’ailleurs. Babel renouvelle l’expérience rue Saint-Ferréol et donne un vrai signal positif pour le centre-ville historique.

Élus, investisseurs, propriétaires, habitants, actifs, commerçants, étudiants… C’est ensemble que nous pouvons réussir.

Comment la Covid-19 a-t-il affecté l’économie pour vous ?

Il est certain que la Covid-19 a affecté, affecte et affectera l’économie de façon durable. Nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences de cette crise à ce jour mais, au-delà d’affecter, je suis persuadée que la Covid-19 a surtout transformé et fait accélérer notre société. Chute inexorable des plus fragiles, résilience des plus solides et accélération des plus agiles. Les crises sont souvent des périodes qui ont vu naître de grandes innovations car elles rendent créatives, elles permettent de sortir du cadre et de tracer de nouvelles routes pour s’en sortir et pour continuer à avancer.

Accélération digitale, prise de conscience environnementale et sanitaire, besoin de proximité et d’humanité, rééquilibrage de nos vies personnelles et professionnelles, modification profonde de notre perception du monde, remise en question de nos habitudes, de nos croyances et de ce qui parfois paraissait tout tracé voire incontournable… Le virus a rendu réel ce qui nous paraissait souvent impossible, inenvisageable et même inimaginable. La Covid-19 a, je pense, fait bouger les lignes sur le plan économique mais pas que… La vie d’après sera forcément autrement !

Le pari de nombreux acteurs est que l’Île-de-France et les fonds s’intéressent davantage à notre territoire. Comment le voyez-vous dans les prochaines années ?

Notre territoire a de nombreux atouts qui me semblent justifier cet intérêt sur lequel de nombreux acteurs parient à juste titre. Au-delà du climat très clément, notre territoire offre encore des possibilités importantes d’implantation, d’attractivité des talents, d’optimisation, d’innovation et d’investissement rentable. Notre position géographique et notre lien affectif avec l’Afrique nous confèrent une légitimité à devenir une base avancée pour les entreprises africaines. Notre port, notre aéroport, nos data centers, nos grandes entreprises nous positionnent en hub d’envergure internationale.

La Covid-19 a facilité le travail à distance et a ouvert la voie à une délocalisation possible de sièges de grandes entreprises pour lesquelles Paris, Lyon et Bordeaux ne sont désormais plus les seules options. Quand un territoire a du foncier disponible et abordable, une capacité à attirer des talents, une position géographique avantageuse et une volonté de se transformer, les investisseurs ont alors la perspective de voir s’installer de gros utilisateurs et envisagent plus facilement d’investir sur ce territoire en limitant leurs risques. Nous devons encourager et cultiver cet intérêt.

Notre capacité à attirer et ancrer les investisseurs sur notre territoire nous permettra de développer notre économie, de créer des emplois et de construire une meilleure qualité de vie pour tous ceux qui vivent ici.

Lorsque vous abordiez vos modèles il y a quelques années, vous parliez de l’Asie, de Dubaï ou de Paris. Ont-ils évolué, comment et pourquoi ?

Les modèles que j’abordais il y a quelques années étaient liés à l’ambition que j’avais pour les Terrasses du Port, à savoir en faire un lieu de vie ambitieux qui proposerait un parcours expérientiel aux utilisateurs mêlant commerce, restauration, loisir, fête et terrasse exceptionnelle sur la mer.

Mes modèles évoluent en fonction des dossiers sur lesquels je travaille. Pour la régénération urbaine par exemple, j’ai plutôt tendance à regarder ce qui s’est fait à Londres dans un quartier tel que Shoreditch qui en quelques années, à force d’activités transitoires, de places laissées à la culture, à la restauration, à l’économie circulaire… est devenu un quartier branché, dynamique, empreint d’une atmosphère artistique dans lequel prennent plaisir à se mélanger résidents, étudiants, artistes, artisans, touristes, actifs de la City. Au-delà des modèles, ce qui m’intéresse est le processus qui amène à construire les conditions favorables au développement de l’hospitalité et de l’attractivité.

Marseille est-elle toujours une ville de réseaux ? Comment y faire sa place ?

Marseille est une ville portuaire créée par les Grecs il y a plus de 2 600 ans dans laquelle est née en 1599 la 1ère chambre de commerces du monde. Marseille est une ville qui sait agréger les talents pour se développer mais également accueillir les nouveaux arrivants, les idées innovantes et les produits encore inconnus.

Alors oui, Marseille est une ville de réseaux, mais ses réseaux sont ouverts à tous ceux qui sont empreints de bonne volonté et d’ambition pour faire gagner notre territoire. Je suis marseillaise, soit, mais je ne suis pas née dans les réseaux marseillais, j’y ai progressivement gagné ma place grâce à mon implication généreuse et à ma volonté farouche de faire bénéficier mon territoire de mon énergie positive et de mon expérience.

D’ailleurs, si je regarde autour de moi, je peux vous assurer que ce dynamisme et cette volonté sont généralement le point commun entre toutes les personnes que je rencontre dans ces réseaux au-delà de leurs origines sociales ou géographiques.

Nos lecteurs sont des entrepreneurs et des investisseurs, que souhaiteriez-vous leur dire ?

À vos lecteurs entrepreneurs et investisseurs, je souhaite dire que Marseille est une ville de caractère riche d’atouts et d’opportunités, une ville résiliente, une ville encore en friche dans laquelle tout est possible. Contrairement à d’autres grandes métropoles, Marseille n’a pas encore atteint son point de bascule mais n’en est plus très loin et propose de ce fait de réelles opportunités avec des risques limités car le foncier et les actifs restent abordables alors que les perspectives sont très favorables. C’est le bon moment pour investir à Marseille, dans 15 ans ce sera trop tard !

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